mercredi 10 octobre 2012

• Le souffle de l'absolu - Mooji


Le souffle de l’absolu est une série de dialogues entre Mooji et des chercheurs de vérité. Ces dialogues ont eu lieu ces dernières années, en hiver, à Arunachala, la colline sacrée près de Tiruvannamalai, une ville d’Inde du Sud.

Mooji témoigne ici, dans un style simple et direct, de la vérité universelle de l’advaita vedanta : notre moi est l’absolu lui-même. Il expose la vraie nature du Soi, indiquant les pièges communs à la reconnaissance claire et durable de l’unique vérité que nous sommes. Mooji sait guider le chercheur à travers et au-delà des premiers obstacles du doute, de la résistance, de la peur et de la confusion, et dans la clarté irréfutable de l’Être.
Les satsangs avec Mooji nous rappellent que nous sommes déjà libres en ramenant notre attention sur la Conscience sans qualités dans laquelle apparaît la manifestation. Pour ceux qui y sont ouverts, cette reconnaissance permet de se désindentifier de l’irréel.
Ce livre est une invitation à entrer dans le feu de la découverte de soi-même.
L'auteur

Anthony Paul Moo-Young est né le 29 janvier 1954 à Port Antonio, en Jamaïque. Il a rejoint l'Angleterre en 1969 pour y retrouver sa mère à Brixton, dans la banlieue de Londres. Il a travaillé de nombreuses années dans le « West End » de Londres comme portraitiste de rue, puis comme peintre, artiste de vitrail et enseignant. Il était connu sous le nom de « Tony Moo », mais depuis un certain temps il est affectueusement appelé « Mooji » par les nombreux chercheurs et amis.

Fin 1993, Mooji se rendit en Inde. Tandis qu'il était à Rishikesh, un lieu sacré aux pieds de l'Himalaya, il allait faire une rencontre décisive, celle du grand maître advaitin Sri H.W.L. Poonja, appelé par ses disciples « Papaji ». Mooji resta quelques mois auprès de Papaji et il subit un profond changement de conscience. Après la mort de son maitre, il commença à enseigner.
Depuis 1999, il anime des rencontres (satsangs) en Europe, en Amérique du Nord, au Brésil et en Inde. Mooji est un des enseignants de l’advaita vedanta les plus connus aujourd’hui sur la planète. Ce livre est son premier livre en français.
Extrait du livre

On qualifie souvent votre propre Maître, Papaji, de maître advaïtain. Nombreux sont ceux qui reconnaissent à Sri Ramana Maharshi, qui est le Gourou de Papaji, le mérite d’avoir fait revivre à notre époque moderne cette ancienne philosophie non dualiste. Puis-je vous demander ce qu’est l’Advaïta ?

L’Advaïta parle de Vous, de qui vous êtes ou de ce que vous êtes.  Le principal intérêt majeur de l’Advaïta est que vous n’avez aucun besoin d’une formation religieuse, aucun besoin de croire en quoi que ce soit. Des gens de tous horizons viennent à l’Advaïta et sont les bienvenus. Il suffit d’avoir dans le cœur l’aspiration de se connaître soi-même ou d’être libéré de la souffrance, pour que n’importe qui réalise la Vérité vers laquelle pointe cette  philosophie ancienne et pratique.

La voie de l’Advaïta est directe dans la mesure où elle pointe d’emblée vers la Vérité,  dès le tout premier instant. Tout d’abord, elle pointe vers le fait que vous êtes complets tels que vous êtes ; puis elle commence à vous guider vers la fin de la souffrance.

Il n’y a pas de chemin. Voilà la Vérité ultime. Alors que cette compréhension s’approfondit, un grand soulagement se produit. Ici il ne vous est pas dit que vous devez être dignes de faire ce voyage, que vous devez méditer quotidiennement, que vous devez vous engager ou être forts. Tout ce que fait ce genre de conseils, c’est de vous mettre devant un travail à accomplir avant même que vous ayez commencé votre investigation. La grande différence entre l’Advaïta et beaucoup d’autres voies – qui présument au départ que vous êtes votre mental, que vous êtes limités et que vous devez faire quelque chose pour vous délivrer – est l’absence de toute pratique spirituelle. L’Advaïta vous montre dès le début que ce que vous êtes vraiment a toujours été libre. Vous êtes directement tournés vers la réalité de l’Être à jamais parfait et immuable – votre Soi profond.  D’abord, découvrez la Vérité, puis faites tout ce qui plaît à votre cœur.

Il y a donc une grande liberté dans l’Advaïta.

Il n’y a pas seulement une grande liberté, il y a une Liberté totale.  Pourquoi ?  Parce que l’Advaïta fait remarquer que la liberté n’est pas quelque chose que vous pouvez gagner.  La liberté est ce que vous êtes.

Alors, dans cette liberté, comment les émotions sont-elles considérées et gérées ?

Les émotions ne sont que l’expression de l’Être universel. Tout, et pas seulement les émotions, mais aussi toutes les actions, les pensées, les mouvements, tout est inclus dans cette merveilleuse expression de l’Être. L’Advaïta ne se focalise pas sur l’interprétation d’un mouvement particulier. Peu d’attention ou d’importance est donné à ce ‘jeu des vagues’. Un espace est accordé aux émotions pour qu’elles s’expriment, épuisent leur expression et trouvent à nouveau la paix dans l’Être.

La présence et le jeu des émotions ne sont pas la mesure de la pure Conscience que vous êtes. Celui qui est éveillé à la Vérité n’est plus identifié à un quelconque objet, une quelconque pensée, personne ou émotion. Il ne souffre plus d’aucune déception car il est libre de toute attente. Il est un avec le courant naturel de la manifestation, avec la danse naturelle de l’énergie cosmique telle qu’elle apparaît dans ces corps. Bien que les conditionnements puissent encore se manifester, il n’y a aucune association intérieure avec eux. Le concept même de conditionnement étant lui-même reconnu comme une pensée, il se dissout peu à peu avec le temps.

J’ai pratiqué le yoga et la méditation. Venir à un satsang et lire des textes sur l’Advaïta me perturbe un peu.

C’est naturel. Le mental est perturbé, parce que le mental essaye toujours de saisir, de comprendre, d’avoir l’impression de ‘je connais ça’, ‘je comprends ça’, ‘je sais où je vais’. Le mental est vraiment sur une projection linéaire et progressive. Alors, quand il est frappé au début par quelque chose d’aussi simple que la non dualité, où il n’y a nulle part où il puisse aller, rien à ‘saisir’, le mental conditionné est très perturbé, vraiment très perturbé.

Alors, c’est en fait très simple.

C’est même plus simple que simple. Simple implique qu’il y a quelque chose à faire qui n’est pas difficile, mais Ceci existe avant même que l’idée de simplicité vienne à l’esprit. C’est vécu comme difficile parce que vous ne pouvez pas vous sortir de l’esprit la notion que vous êtes limités.

Une multitude de concepts sont ramassés par le mental, et en s’accrochant à ces non vérités nous étouffons notre spontanéité, la reconnaissance de notre Être inhérent. C’est le mental qui dit ‘je ne comprends pas.’ Comment le mental peut-il comprendre la simplicité totale quand sa nature est de rendre complexe ce qui est déjà naturel ?

Qu’est-ce que l’auto investigation ?

L’auto investigation est le miroir dans lequel l’Eternel se reconnaît Soi-même. En regardant avec l’aide de ce miroir, vous parvenez instantanément à connaître qui vous êtes. Non pas qui est votre corps, non pas qui vous croyez être ou qui sont les autres. Non, à travers cette observation se révèle une perception directe non duelle de votre Soi.

Votre Soi n’est pas un objet. Comment le mental peut-il rechercher ou atteindre ce qui n’est pas un objet ? Je ne parle pas simplement des objets physiques. Une pensée est tout autant un objet de perception que toute autre chose matérielle, de même que les sentiments, les images, les mémoires et les sensations. Donc, comment le mental peut-il découvrir ce qui est conscient des phénomènes,  c’est-à-dire votre Soi – l’unique Réalité ? 

Vous êtes conscients de tout ce qui apparaît devant vous sur l’écran de la Conscience. Où est le monde sans vous ? Où sont et que sont les pensées sans vous qui les percevez ? Où sont les expériences sans vous qui les percevez ? Vous êtes la racine et la source de toute expérience. Il ne peut pas y avoir d’expérience sans vous. 

On m’a dit que l’Advaïta Vedanta est l’enseignement spirituel le plus élevé.

En fait et en vérité, l’Advaïta n’est pas un enseignement. Je ne l’appellerais pas un enseignement.Un enseignement implique quelqu’un qui étudie et apprend. L’Advaïta avance directement en demandant « Qui est celui qui va apprendre ? Pouvez-vous apprendre à être vous ? »

Il me semble que de plus en plus de gens recherchent la liberté.

Pour être honnête, il fut un temps où je l’ai cru, puis j’ai vu que la plupart des gens recherchent la satisfaction de leurs projections. J’ai vu qu’ils sont dans le mental et que le mental ne fait que prétendre vouloir la liberté. En fait, le mental ne veut pas du tout de la liberté. C’est la dernière chose qu’il veut, car la liberté tue le mental conditionné. Mais oui, il y a une attirance grandissante vis-à-vis de la découverte spirituelle. C’est une bonne chose, même si au début on commence en faisant des détours. Vous êtes sur le bateau. Vous pouvez passer d’un radeau à un aéroglisseur, puis l’étape suivante monter sur un navire, c’est toujours bien – vous n’êtes pas dans l’eau, vous êtes au moins sur l’eau.Mais toute cette fièvre à propos de l’arrivée d’une grande mutation dans la Conscience universelle ne m’intéresse pas, parce qu’il y a beaucoup d’erreurs sur ce que signifie en fait la Vérité et ce qu’elle Est. Pour la Vérité, il faut vous mettre de côté et vous dépouiller de toutes vos projections, conditionnements et concepts, et lorsque vous êtes complètement dépouillés, ne pas en remettre de nouveaux et rester nus.

Est-ce que l’Advaïta peut rendre le monde meilleur ?

Lorsque vous êtes libres de l’influence hypnotique de vos propres concepts, du conditionnement de votre mental et de vos vaines projections, vous êtes alors vraiment à la disposition de votre Soi. Il n’y aura plus d’énergie intérieure restrictive ou de besoin de manipuler les autres pour satisfaire vos projections. D’une façon ou d’une autre, votre environnement est automatiquement élevé par votre présence. Tout comme les arbres nous procurent l’oxygène pour vivre, et personne ne les en remercie, les êtres qui se sont éveillés à la Vérité irradient une grande paix, une grande communion et un grand amour sans faire aucun effort conscient pour cela. La Paix est leur nature même. Il est dit : ‘Si j’ai une miche de pain et vous en donne la moitié, il m’en reste une moitié, mais si je vous donne toute ma connaissance et mon amour, il me reste toujours toute ma connaissance et mon amour.’ C’est ce qu’est le partage de la Vérité. Vous ne partagez pas des objets, c’est un partage du Sujet, et le Sujet ne peut pas être divisé. Vous êtes Cela.

Donc, pour répondre à votre question, est-ce que l’Advaïta, qui signifie la vraie compréhension et l’expérience de la Vérité, peut aider le monde ? Bien sûr, c’est possible ! Même en recherchant simplement la Vérité vous ne faites pas seulement que vous aider vous-mêmes, mais d’autres êtres sont automatiquement aidés aussi. Lorsque votre mental sera tourné vers le Bien, la Paix, il y aura simultanément une quête pour supprimer la haine, la peur et les désirs, qui sont tous des formes de l’ignorance. Votre recherche est sacrée parce que vous tournez votre visage vers la Vérité et que les gens sont attirés par cette Vérité, qui est un autre nom pour ce que nous sommes.

Ouvrage publié aux Éditions Almora