dimanche 25 octobre 2009

• De toute façon, qui est là pour atteindre quoi ? - Téndzin Palmo



«L'expérience de la béatitude n'est qu'une étape sur la voie. Le but ultime est de réaliser la nature de l'esprit.»
 Selon Téndzin Palmo, la nature de l'esprit est la conscience libérée de la dualité et des conditionnements. C'est la vacuité et la béatitude. C'est l'état de connaissance dénué de sujet connaissant. Et parvenir à cet état de connaissance n'a rien de dramatique : «C'est comme si on se réveillait pour la première fois, comme si l'on sortait d'un songe et qu'on réalisait qu'on a rêvé. C'est pour cette raison que les grands sages disent que toute chose est illusoire. Notre façon de vivre ordinaire est voilée, elle manque de clarté. C'est comme si on inspirait de l'air vicié. S'éveiller n'a rien de sensationnel. Mais c'est extrêmement authentique.

«Au début, on ne fait qu'entrevoir l'irréalité des choses. Ce n'est que le début de la voie. Il arrive souvent que les pratiquants, dès qu'ils ont fait l'expérience de cet aperçu, croient avoir tout compris et atteint le but. Mais ce n'est que lorsque vous commencez à apercevoir la nature de l'esprit que commence la méditation. Ensuite, il vous faut la stabiliser jusqu'à ce qu'elle devienne de plus en plus familière. Quand vous y êtes arrivé, il ne vous reste plus qu'à l'intégrer dans la vie de tous les jours.»

«Pour qu'une pratique, quelle qu'elle soit, soit suivie d'effets, l'esprit qui médite et l'objet de méditation doivent se fondre. Au lieu de cela, la plupart du temps, ils se font face. La transformation n'a lieu que si l'on est totalement absorbé. La présence éveillée passe automatiquement de la tête au cœur. Et lorsque cela se produit, le cœur s'ouvre et il n'y a plus de "moi". C'est un grand soulagement. Quand on apprend à vivre à partir de ce centre plutôt que de la tête, tout ce que l'on fait est spontané et juste. Ce mode de fonctionnement libère immédiatement un grand courant d'énergie, qui n'est plus obstruée, comme elle l'est d'ordinaire, par notre propre intervention mentale. On devient alors plus joyeux et plus léger dans les deux sens du terme, parce qu'on revient à la source, le cœur, plutôt que d'être en exil dans la tête. L'approche scientifique moderne a accordé une telle importance au cerveau que nous sommes complètement coupés de cette réalité du cœur. C'est pourquoi tant de gens ont l'impression que la vie est stérile et dénuée de sens.»

«La question n'est pas de savoir ce qu'on gagne, mais ce qu'on perd. Ce que vous avez à faire revient à peler un oignon, couche par couche. Ma quête était de comprendre le sens de la perfection. Maintenant, je suis consciente du fait qu'à un certain niveau de notre être, on ne s'en est jamais éloigné. Seules nos perceptions erronées nous empêchent de voir ce que nous avons vraiment en nous. Plus on devient conscient, plus on comprend qu'il n'y a rien à réaliser. Notre erreur fondamentale consiste à croire qu'il faut parvenir à un point, qu'il faut atteindre quelque chose. De toute façon, qui est là pour atteindre quoi ?»

Passages extraits de "Un ermitage dans la neige", de Vicki Mackenzie - Nil Éditions.

Voir aussi ce lien.



vendredi 23 octobre 2009

• Totalement ouverte, libre et sans limites



 Profonde, tranquille, libre de complexité,
Clarté lumineuse non composée,
Au-delà de l'esprit et des idées conceptuelles,
Telle est la profondeur de l'esprit des bouddhas.
Ici, pas la moindre chose à éliminer,
Ni rien à ajouter ;
Seulement l'immaculé
Se contemplant naturellement.

Nyoshul Khen Rinpoché


Vous pourriez alors vous demander " Mais à quoi donc ressemble cette nature de l'esprit ? " Imaginez un ciel, vide, spacieux, et pur depuis l'origine : telle est son essence. Imaginez un soleil, lumineux, sans voile et spontanément présent : telle est sa nature. Imaginez que ce soleil brille impartialement sur tout être et toute chose, rayonnant dans toutes les directions : telle est son énergie, manifestation de la compassion. Rien ne peut l'entraver, et elle pénètre toute chose.

Totalement ouverte, libre et sans limites, elle est fondamentalement si simple que rien ne peut la compliquer, si naturelle qu'elle ne peut être corrompue ni souillée, si pure qu'elle est au-delà du concept même de pureté et d'impureté. Comparer cette nature de l'esprit au ciel n'est, bien entendu, qu'une métaphore pour nous aider à imaginer son caractère illimité et universel ; la nature de bouddha possède en effet une qualité que n'a pas le ciel, celle de la clarté radieuse de la conscience pure. Comme il a été dit elle est simplement notre conscience claire, parfaite, de l'instant présent, cognitive et vide, nue et éveillée.

Le Dzogchen est l'état primordial, l'état d'éveil total qui constitue l'essence du cour de tous les bouddhas et de toutes les voies spirituelles ainsi que l'apogée de l'évolution spirituelle de tout individu. Il est le dernier et ultime enseignement de tous les bouddhas, leur essence, et mène à des expériences précises de l'état d'éveil.

Le Dzogchen est décrit en termes de « Base, Chemin, et Fruit ». La Base du Dzogchen est notre nature originelle, déjà parfaite, toujours présente, qui n'est jamais sujette à l'illusion.

Toutefois, les bouddhas ont pris un chemin et nous en avons suivi un autre. Les bouddhas reconnaissent leur nature originelle et atteignent l'éveil ; nous ne reconnaissons pas cette nature et nous nous égarons ainsi dans la confusion. Dans les enseignements, cet état de fait est appelé « Une base, deux chemins ».

Notre condition relative est telle que notre nature intrinsèque est voilée et pour nous libérer de l'illusion, nous devons pratiquer la Vue, la Méditation et l'Action c'est le Chemin du Dzogchen. Finalement, réaliser notre nature originelle, c'est atteindre la libération totale et l'éveil. Cela, c'est le Fruit du Dzogchen, dont la réalisation est vraiment possible en l'espace d'une vie pour le pratiquant qui s'y consacre de tout son cour et de tout son esprit.
 Sogyal Rinpoché

vendredi 16 octobre 2009

• L'état naturel - U. G. Krishnamurti




Qu'est-ce qui vous empêche d'être dans votre état naturel ? Vous vous éloignez constamment de vous-même. Vous voulez être heureux soit en Permanence soit au moins pour tel instant précis. Vous n'êtes pas satisfait de vos expériences quotidiennes : il vous en faut de nouvelles. Vous voulez vous « perfectionner », vous changer. Vous projetez votre effort vers la réalisation d'un personnage que vous n'êtes pas. Voilà ce qui vous éloigne de vous-même...


La société vous a présenté l'idéal d'un homme parfait. Quel que soit le milieu culturel où vous êtes né vous disposez de doctrines scripturaires et de traditions que l'on vous met en main pour vous dire comment vous comporter. Vous avez des commandements à observer, des vertus à cultiver. On vous dit qu'à la faveur d'une pratique appropriée vous pouvez même parvenir à l'état réalisé par les sages, les saints et les sauveurs de l'espèce humaine... Et vous en venez à contrôler votre comportement et vos pensées et à devenir un être « dénaturé ».


Nous vivons tous dans une « sphère mentale ». Vos pensées ne sont pas votre propriété : elles appartiennent à tout le monde. Ce ne sont que des pensées mais vous créez une contrepartie : le « penseur » qui lit chaque pensée. Votre effort pour contrôler la vie a créé un mouvement secondaire de pensée en vous et vous l'appelez « JE ». Ce mouvement de pensée en vous est parallèle au mouvement de la vie mais il en est séparé, il ne peut jamais être en contact avec la vie. Vous êtes une créature vivante et cependant vous menez votre vie entière dans le domaine de ce mouvement de pensée isolé et parallèle. Vous vous retranchez de la vie - et c'est contre-nature.


L'état naturel n'est Pas un état sans pensée : c'est là l'un des plus grands canulars perpétrés des siècles durant à l'égard de pauvres Indiens sans défense... Vous ne serez jamais sans pensée tant que le corps ne sera pas réduit à l'état de cadavre, un cadavre très mort ! Etre capable de pensée est nécessaire à la survie. Mais dans l'état naturel la pensée cesse de vous étrangler ; elle revient à son rythme naturel. Il n'existe plus de « vous » pour lire les pensées et les prendre pour les « siennes ».


Avez-vous jamais observé ce mouvement parallèle de la pensée ? Les grammaires vous diront que JE est la première personne, pronom singulier etc. mais au fond ce n'est pas là ce que vous désirez savoir. Pouvez-vous regarder cette chose que vous appelez JE : c'est une notion très évanescente : observez-la maintenant, ressentez-la, touchez-la et donnez m'en des nouvelles. Comment l'observez-vous ? Et qui est cela en train de regarder ce que vous appelez JE. C'est là le problème crucial. Celui qui observe ce que vous appelez JE est effectivement le JE. Il crée une illusoire division de lui-même entre sujet et objet et c'est cette division qui lui confère une continuité. C'est en fait une nature divisionnelle qui opère en vous dans votre conscience. La continuité de sa propre existence est tout ce qui l'intéresse. Aussi longtemps que vous voudrez comprendre ce « vous » ou le transformer en une entité spirituelle, une entité sainte, belle ou merveilleuse, ce vous va continuer. Si vous ne vous souciez pas de l'entretenir, il n'est plus là, il a disparu...


Comment comprenez-vous ce que je viens de dire ? J'ai fait cet exposé à toutes fins utiles : « Ce qui est observé n'est pas autre que celui qui observe ». Que ferez-vous pratiquement d'un tel énoncé ? Quel instrument avez-vous à votre disposition pour saisir ce non-sens, cet expose illogique, irrationnel ? Vous allez penser. Par la vole de la pensée, vous ne pourrez rien comprendre. Vous traduisez ce que j'ai dit en termes d'une connaissance que vous possédez déjà comme vous le faites d'ailleurs pour tout le reste afin d'en tirer quelque chose. Quand vous cesserez de procéder de cette manière ce que j'ai décrit sera mis en oeuvre. L'absence de toute intervention - effort pour comprendre ou pour vous transformer - est effectivement l'état d'être que j'ai décrit.


Y a-t-il un au-delà ? Parce que vous ne vous intéressez pas au quotidien ni a ce qui se passe autour de vous, vous avez inventé ce que l'on appelle l'au-delà, l'Intemporel, Dieu, la Vérité, la Réalité, Brahman, l'Illumination et que sais-je encore ? et vous êtes à la recherche de cela. Mais il se peut qu 'il n'y ait pas d'au-delà... Vous ne savez absolument rien de cet « au-delà » ; ce que vous savez, c'est ce qu'on vous a dit et c'est cette connaissance que vous projetez et c'est de cette connaissance que vous ferez l'expérience : la connaissance crée l'expérience et l'expérience vient renforcer la « connaissance ».


Ce que vous savez ne peut jamais être l'«au-delà ». Ce que vous expérimentez n'est pas l'au-delà. S'il y a un au-delà le mouvement de votre «vous » en est absent. L'absence d'un tel mouvement est probablement l'au-delà... Pourquoi essayez-vous d'expérimenter ce qui ne peut l'être ?


Vous devez toujours reconnaître ce que vous regardez, sinon vous n'êtes pas là. Dès l'instant où vous interprétez, le « vous » est là. Vous regardez un objet et vous reconnaissez qu'il s'agit d'un sac, un sac rouge. La pensée intervient dès lors dans la sensation en l'interprétant. Pourquoi intervient-elle et pouvez-vous l'empêcher : dès que vous voyez un objet un mot surgit : «sac» ou, suivant les cas : «banc», «rampe», «marche»... ou encore "l'homme aux cheveux blancs qui est assis là". Et cela tourne indéfiniment vous allez répétant tout cela à vous-même en permanence. Ou encore vous vous préoccupez d'autre chose « je vais être en retard au bureau »... Autrement dit vous pensez toujours à quelque chose qui n'a pas la moindre relation avec la manière dont vos sens fonctionnent à ce moment précis. C'est cela ou la répétition du nom de l'objet : « C'est un sac, un sac rouge », etc. Le mot « sac » vous sépare de la vision créant par là-même le « vous », sinon il n'y aurait pas d'espace entre les deux.


Chaque fois qu'une pensée nait, vous naissez. Quand elle disparait vous disparaissez. Mais le vous ne permet pas que la pensée disparaisse puisque c'est précisément le mental qui donne à ce «vous» la continuité. En réalité, il n'y a en vous aucune entité permanente, aucun bilan de vos pensées et de vos expériences. Vous croyez qu'il y a quelqu'un qui pense vos pensées, qui ressent vos sentiments : c'est une illusion, je peux vous le dire, mais ce n'est pas une illusion pour vous...


Vos émotions sont plus complexes mais c'est le même processus. Pourquoi éprouvez-vous le besoin de vous dire à vous-même que vous êtes irrité, jaloux de quelqu'un d'autre ou que le sexe vous tracasse ? (je ne parle pas ici du passage éventuel à l'action.) Il y a une sensation en vous et vous vous dites déprimé... insatisfait... bienheureux... jaloux... avide... envieux... Ces étiquettes appellent à l'existence celui qui interprète les sensations. Ce que vous appelez JE n'est autre que le mot : « sac rouge », « banc », « ampoule électrique »... « bienheureux », « jaloux », etc. Vous exigez de vos cellules cérébrales une activité inutile... en détruisant l'énergie qui est là en réserve. Cela ne sert à qu'à vous épuiser.


Cet etiquettage est nécessaire quand vous avez à communiquer avec quelqu'un d'autre ou avec vous-même mais c'est en permanence que vous communiquez avec vous-même et pourquoi ? La seule différence qui existe entre vous et la personne qui parle tout haut, c'est que vous, vous ne parlez pas tout haut. Dès que cela vous arrive, voici venir le psychiatre. Ce type-la bien sûr fait exactement comme vous : il se parle tout le temps à lui-même - «sac rouge», «obsessif», «compulsif», «complexe d'Oedipe», «avide», «banc», «martini»... Et il décide que pour vous ça ne tourne pas rond et il vous installe sur son divan et s'applique à vous transformer pour vous aider...
Pourquoi ne laissez-vous pas en paix vos sensations ? Pourquoi les traduire ? Vous le faites parce que si vous ne communiquez pas avec vous-même, vous n'êtes plus là. C'est là une perspective qui est effrayante pour le «vous».


Tout ce dont vous faites l'expérience : paix, joie, silence, béatitude, extase et Dieu sait quoi ! est connaissance ancienne et de seconde main... Le fait même que vous etes en etat de béatitude et de formidable silence implique que vous connaissez déjà ces états. Il faut déjà connaître une chose pour en faire l'expérience. Cette connaissance n'a rien de merveilleux ou de métaphysique. Pouvez-vous faire l'expérience d'une chose aussi banale que ce banc « assis » là en face de vous ? Mais non : vous expérimentez la connaissance que vous en avez et dont la source est toujours un mécanisme extérieur. Vous pensez les pensées de votre milieu social, vous ressentez les sensations de votre milieu social et vous vivez les expériences de votre société ; il n'y a pas de nouvelles expériences.
Il en résulte que tout ce que l'homme a jamais pensé ou senti doit sortir de votre organisme. Et vous êtes le produit de toute cette connaissance c'est tout ce que vous êtes...


Qu'est-ce que la pensée ? Vous n'en savez absolument rien - sinon ce qui vous a été dit sur ce que vous appelez « pensée ». Qu'allez-vous faire d'elle : la façonner, la contrôler, lui donner une forme... ou l'interrompre ? Vous passez votre temps à exercer une action sur elle parce qu'on vous a suggéré d'effectuer tel ou tel changement, de vous en tenir aux « bonnes pensées » et d'éliminer les « mauvaises ». Les pensées sont ce qu'elles sont ni bonnes ni mauvaises. Aussi longtemps que vous aurez le désir d'agir sur elles, vous obéissez à leur mouvement : vouloir et penser sont une seule et unique chose. Vouloir comprendre implique un mouvement de pensée, et ce mouvement, vous le perpétuez, vous lui conférez sa continuité...


Le fonctionnement de vos sens est « dénaturé » parce que vous voulez en tirer quelque chose. Pourquoi ? Parce que vous désirez que votre « vous » continue. Vous protégez cette continuité. La pensée est un mécanisme protecteur : elle protège le « vous » aux dépens de quelque chose ou de quelqu'un d'autre. Tout ce qui est issu de la pensée est destructeur et en fin de compte vous détruira, vous et votre espèce...


C'est le mécanisme répétitif de la pensée qui vous épuise - et que pouvez-vous donc faire pour vous en sortir ? C'est la seule et unique question et toute réponse qui vous sera donnée ne fait que renforcer le mouvement de la pensée... Alors que faire ? Rien du tout. Ce mouvement est trop puissant : il dispose d'une force de vie accumulée au cours de millions d'années. Vous êtes totalement impuissant et vous n'êtes même pas conscient de votre impuissance.


Si vous pratiquez quelque système de maîtrise mentale, automatiquement le « vous » est là poussé par là même à la continuité. Avez-vous jamais médité réellement, sérieusement ? ou connaissez-vous quelqu'un qui l'ait fait ? Non, personne ne le fait... Si vous méditiez sérieusement vous tourneriez en rond dans l'asile de fous. Et vous ne pouvez pas davantage pratiquer l'attention totale appliquée à être conscient de chaque instant de votre vie. Vous ne pouvez pas être pleinement conscient : « vous » et votre conscience ne peuvent coexister. Si vous pouviez une seconde seulement, une seule fois dans votre vie vous trouver en état de conscience pure (awareness) votre continuité claquerait net, l'illusion de la structure expériencielle, le « vous » - tout cela s'effondrerait et tout retomberait dans le rythme de l'état naturel. Cet état où vous ne savez pas ce que vous regardez, cela c'est vraiment la conscience pure. Si vous re-connaissez ce que vous regardez, vous êtes là de nouveau en train d'expérimenter le passé - ce que vous savez.


Ce qui réintègre une personne dans son état naturel, cette personne et non telle autre, je n'en sais rien. Peut-être est-ce inscrit dans les cellules. C'est a-causal. Ce n'est pas de votre part un acte «volontariste» vous ne pouvez pas le provoquer. Il n'y a rien que vous puissiez faire. Vous pouvez vous méfier de l'homme qui vous dit comment il a assumé cet état. Il y a une chose dont vous pouvez être sûr, c'est qu'il ne le sait pas lui-même et n'a pas la possibilité de vous le communiquer. Il y a dans la structure du corps un mécanisme de détente. Si la structure expériencielle se relâche l'autre processus prend le relai à sa manière propre. Le fonctionnement du corps est dès lors totalement différent sans l'interférence de la pensée sauf en cas de nécessité pour communiquer avec quelqu'un. Pour employer la formule du «ring», vous n'avez plus qu'à « jeter la serviette » et déclarer forfait. Personne ne peut vous venir en aide et vous ne pouvez pas vous aider vous-même.


Cet état naturel ne vous intéresse pas : vous ne vous attachez qu'à la continuité. Sans doute désirez-vous continuer à un autre niveau, en fonction d'une dimension différente mais quoiqu'il en soit vous voulez continuer. Pour vous ce ne serait pas à prendre avec des pincettes ! Ce serait effectivement liquider tout ce que vous considérez comme «vous», moi supérieur, moi inférieur, âme, Atman conscient, subconscient etc. S'il vous vient quelque velléité, vous dites « il me faut du temps »... Alors intervient la sadhana et vous vous dites « Demain, je comprendrai»... Cette structure est née du temps et fonctionne dans le temps mais ce n'est pas dans le temps qu'elle parviendra à son terme. Si vous ne comprenez pas aujourd'hui, vous ne comprendrez pas demain. Pourquoi d'ailleurs voulez-vous comprendre ce que je dis ? Vous ne pouvez pas comprendre. C'est de votre part un exercice futile que de comparer mon mode de fonctionnement au vôtre. C'est une chose que je ne peux pas communiquer. En fait aucune communication n'est nécessaire. Aucun dialogue n'est possible. Quand le «vous» n'est pas là, quand le problème n'est pas là ce qui est, c'est la compréhension : c'est la fin du « vous », le « vous » s'en va. Vous n'écouterez plus celui qui décrit cet état et vous ne lui poserez plus de question sur la compréhension de cet état...


Ce que vous recherchez n'existe pas. Vous préféreriez vous promener sur une terre d'enchantement, avoir la bienheureuse vision d'une transformation de votre soi inexistant afin de réaliser un état d'être évoqué a coup de formules magiques. C'est précisément cela qui vous arrache à votre « état naturel » - un mouvement en dehors de vous-même. Etre soi-même exige une extraordinaire intelligence. La «bénédiction» de cette intelligence, vous la possédez ; personne n'a besoin de vous la donner, personne ne peut vous la prendre. Celui qui la laisse s'exprimer à sa manière particulière est un homme naturel.


Citations d'U. G. Krishnamurti trouvées sur le site nondualite.fr
Découvrez d'autre citations ici


mercredi 14 octobre 2009

• La sagesse sans contenu - Peter Fenner

Peter Fenner

Entretien avec Liliane de Toledo

Liliane de Toledo : Pouvez-me dire ce qu’est, selon vous, un enseignant spirituel ?

Peter Fenner : En fin de compte, je pense que c’est une personne capable de transmettre à d’autres l’expérience spirituelle dans toute sa plénitude, d’introduire à la non dualité, de donner un avant-goût de ce qu’est la fin du chemin. Ce qui est appelé le « buddha mind » – qui est le mode d’être du Bouddha et d’autres grands sages que l’on nomme également éveil, libération, pure conscience ou état naturel, entre autres. Un enseignant spirituel doit proposer un ensemble de principes, pratiques et perspectives afin de permettre à ses élèves de l’intégrer dans leur vie pour qu’ils puissent retrouver cette expérience indépendamment de la présence du maître. Il doit pouvoir la communiquer directement d’esprit à esprit, ou avec l’aide de certaines techniques, mais aussi créer les conditions individuelles et collectives pour développer la capacité des étudiants à incarner ce qu’on appelle la réalisation spirituelle.


L. de T. : Quelles sont les conditions pour ouvrir l’accès à cette expérience ? Faut-il être soi-même profondément enraciné dans cette qualité d’être ?

Peter : Pour être un agent de transmission de la sagesse non duelle, vous devez être installé dans cette sagesse. Il est important de préciser que ce n’est pas quelque chose que l’on fait. Transmettre la sagesse non duelle n’a rien à voir avec l’identification à un rôle, cela impliquerait encore une structure de dualité avec un sujet et un objet : moi et l’autre à qui je transmets un enseignement. Cela se passe beaucoup plus naturellement et organiquement : vous êtes dans cet état et vous découvrez que, oui, vous avez une certaine capacité à le partager avec d’autres. En fait, il s’agit de réaliser directement et pour soi-même que dans l’instant présent, il est possible d’éprouver une plénitude totale, simplement en laissant toute chose être exactement comme elle est ! Dans l’ici et maintenant, il n’y a rien à changer, ni dans notre esprit, ni dans notre corps, ni dans nos conditions de vie, tout est parfait ! C’est ça la liberté : être libre de tous désirs y compris de celui d’être libre !

Si vous êtes profondément enraciné dans cet état et que vous maîtrisez ce que, dans le bouddhisme, on nomme les techniques habiles, alors, par le silence, la parole ou avec des méthodes plus énergiques, il est possible d’amener quelqu’un – même une personne très contractée et identifiée à son histoire personnelle et ses systèmes de croyances – à sortir de ses conditionnements pour entrer dans l’état non conditionné.
Avec certaines personnes qui sont déjà dans un état non réactif, cela ne nécessite parfois qu’un ajustement subtil.


L. de T. : L’expérience dont vous parlez est au coeur des grandes traditions orientales ?

Peter : Nous parlons d’une expérience qui a été cultivée, approfondie et transmise depuis plus de 3000 ans surtout dans les cultures asiatiques. C’est le « buddha mind », l’esprit de Bouddha ou l’état de pureté originelle qui se trouve au-delà des identifications à l’ego.
Comme c’est une expérience d’un vécu sans contenu et sans structure, nous ne pouvons l’évaluer ou la mesurer ! Sa valeur est infinie parce qu’elle nous met dans un authentique état de contentement. Il n’y a rien à faire, nulle part où aller, rien à ajouter ou soustraire.
Pour un être humain, il n’y a pas d’évolution au-delà de cet état, il est seulement possible de réaliser cet état, de s’y installer parce que c’est le fondement de notre être.


L. de T. : Quelle est, selon vous, la contribution que ces traditions peuvent nous apporter au XXI e siècle ?

Peter : Dans une époque où la résolution des conflits est vitale pour la survie de l’humanité, je pense que c’est un potentiel qui doit absolument être cultivé. Parce que dans cette dimension, nous ne sommes pas identifié avec un système de croyance ou de valeurs, nous n’avons rien à défendre. Il ne peut pas y avoir de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Il n’y a pas de soi séparé de l’univers. De ce fait, il est impossible d’être en opposition avec quoi que ce soit. L’accès à cet espace est donc très précieux pour travailler ensemble à la résolution des grands défis auxquels notre monde est confronté. C’est un état dynamique où, n’ayant besoin de rien pour soi-même, on est alors totalement disponible pour répondre à une situation donnée de manière créative, en tant qu’instrument de la force d’évolution. Je pense que la sagesse, l’amour et la disponibilité libérés par l’expérience de la non dualité est le plus précieux joyau que l’Orient peut offrir à nos contemporains.

Ce n’est que récemment que ces enseignements millénaires de réalisation de notre nature ultime ont pénétré l’Occident. Il y a encore cinquante ans, très peu d’Occidentaux savaient ce qu’était le bouddhisme. Quant aux approches non duelles, elles n’étaient pas sorties des monastères ou des cercles d’initiation très ésotériques. Les premiers maîtres zen sont venus dans les années cinquante et le processus s’est accéléré avec l’arrivée de grands lamas tibétains, suite à l’invasion de leur pays par les troupes chinoises. L’intégration de cette puissante tradition a été très rapide et l’accès à ces enseignements est devenu beaucoup plus facile. En Occident et surtout aux Etats-Unis, où l’échange est direct et honnête, il y a une volonté d’innover et d’adapter qui permet de revitaliser des traditions qui pourraient se scléroser dans des fonctionnements ritualisés. Actuellement, nous vivons une phase de transition passionnante qui nous permet de retourner aux racines, à l’essence, pour nous concentrer sur ce qui nourrit vraiment le travail de transformation.

Je me sens très privilégié de faire partie de ces Occidentaux qui contribuent à garder cette pure sagesse vivante et à la transmettre d’une manière abordable pour le monde occidental.


L. de T. : Le philosophe Ken Wilber fait une distinction entre état et étape, le premier étant une entrée temporaire et le second une installation permanente, qu’en pensez-vous ?

Peter : Dans la tradition zen, il est dit que le satori, cette première ouverture, est le début du parcours, un aperçu qui vous révèle de quoi il s’agit. Ensuite le chemin, ce sont les années, les décennies, peut-être les vies, de pratique nécessaire pour intégrer et approfondir cette expérience de sorte que, même dans des situations très difficiles ou des environnements toxiques, il nous devienne possible de rester dans cet état d’ouverture, de clarté et d’équanimité.


L. de T. : Il y a donc une introduction directe et un travail pour apprendre à s’installer dans cette réalisation ?

Peter : Oui. Cependant l’accent est à mettre sur l’expérience de la non dualité qui est très spéciale. Elle est aussi appelée la médecine absolue, ou guérison ultime, car, alors, notre flux d’existence sort du cycle de conditionnement habituel : nous ne sommes plus en train de chercher le plaisir et d’éviter la souffrance. La plupart d’entre nous ne connaissent que l’esprit conditionné qui pense, éprouve de la confusion, a des préférences et ressent peurs et désirs.

Plus nous faisons l’expérience de cet état inconditionné et plus il va diffuser dans les différentes strates de notre personnalité et de notre existence. Et peu à peu nous développons une plus grande aptitude à l’habiter et à le prolonger même dans nos activités quotidiennes.


L. de T. : C’est ce que vous faites dans votre enseignement ?

Peter : Exactement, je démarre à ce qui est parfois appelé le niveau du résultat. Nous commençons à la fin du chemin. S’il est possible de faire un saut dans cet état d’être et de pure conscience, c’est formidable. Parce que cela nous rend plus familier avec l’ultime potentiel de l’être humain. Très rapidement, je donne aux étudiants une entrée dans ce « buddha mind » en utilisant des méthodes issues de différentes traditions non duelles. Nous entraînons notre capacité à reconnaître les mécanismes qui en ouvrent et ferment l’accès. En identifiant les schémas de comportements limitatifs – ce que j’appelle les fixations –, en les mettant en lumière, celles-ci peuvent se dissoudre ou du moins perdre leur solidité apparente. Il devient alors possible de voir à travers. Nous pouvons aussi explorer la nature de l’esprit libre, grâce à la pratique de dialogues contemplatifs qui sont comme des koans naturels, dans le sens qu’ils amènent le mental à se heurter à sa limite et éventuellement à la transcender. Cela ouvre l’accès à la sagesse non conceptuelle qui se révèle dès que la conscience se libère de tous les conditionnements.

Les étudiants ont également l’opportunité de travailler au niveau conditionné, dans le contexte de leur vie quotidienne, d’une manière très pratique. Notamment en devenant plus conscients de leurs réactions d’attraction et de rejet, de leur attachement à la souffrance ou de leurs projections. L’installation d’une pratique méditative régulière est un aspect important. L’acquisition de certaines techniques de communication et d’écoute est également abordée. De même que l’éventuelle nécéssité de restructurer sa vie de sorte à créer des conditions plus favorables facilitant l’accès à cet état de conscience non conditionnée.


L. de T. : Faites-vous partie d’un lignage traditionnel ?

Peter : Oui je considère que ce que je transmets fait partie de la Prajnaparamita. C’est le lignage qui précède les différentes traditions de non dualité qui se sont développées dans le bouddhisme, notamment le zen, le dzogchen, le madhyamika (aussi appelé voie du milieu) ou les approches hindouistes de non-dualité telles que l’advaita vedanta. Il s’agit de l’impulsion originelle qui s’est ensuite différenciée en plusieurs approches qui ont évolué dans des pays comme l’Inde, la Chine, le Tibet ou le Japon. J’ai reçu des formations dans toutes ces écoles et cela m’a amené à m’intéresser à leur origine commune. Je suis donc remonté à la source : la transmission de ce qui est appelé la sagesse sans contenu. La sagesse qui n’est pas une sagesse, l’enseignement qui n’est pas un enseignement ! La Prajnaparamita a été présentée, à l’origine, comme une magnifique vision d’éveil cosmique. Les textes évoquent une réalisation ultime plutôt qu’une pratique. Ayant étudié et pratiqué ces approches pour sélectionner celles qui sont efficaces et qui produisent des résultats – celles qui m’introduisent dans la conscience de Bouddha et qui me permettent de l’approfondir –, je me suis dit qu’elles pouvaient aussi être intéressantes pour d’autres Occidentaux ! C’est ce que j’utilise dans mon enseignement dont le dernier développement est Radiant Mind.


L. de T. : Qu’est-ce qui caractérise Radiant Mind ?

Peter : Radiant Mind n’est pas un cours théorique. C’est une pratique de « l’ici et maintenant » visant à produire une transformation du niveau de conscience, individuel et collectif, à travers, notamment, des interactions qui paralysent le mental. Cela permet d’accéder au silence profond et à la présence sereine. Contrairement à beaucoup de démarches spirituelles orientales, qui étaient avant tout des démarches solitaires (même si elles prenaient place dans des monastères), en Occident, les enseignements de non-dualité sont souvent transmis avec une emphase sur la dimension collective. Par exemple, les étudiants qui participent à Radiant Mind se réunissent régulièrement, en direct ou à travers des conférences téléphoniques. Dès qu’ils se retrouvent, l’élévation du niveau de conscience du groupe prend place. C’est un levier de transformation puissant !

Dans l’un de ses discours, le grand maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh a dit que le prochain Bouddha sera celui de l’Amour et qu’il pourrait se manifester sous la forme d’une communauté qui montrera le chemin de l’amour et de la compassion.


L. de T. : Comment êtes-vous devenu un enseignant de sagesse non duelle ?

Peter : En Australie comme aux Etats Unis, la guerre du Vietnam a été le déclencheur d’un violent courant anti-establishment. Le mouvement hippie et les drogues ont ouvert de nouveaux horizons et des expériences de conscience élargie. Dans cette période de remise en question, j’ai découvert la méditation par un livre de Karlfried Graf Dürckheim et je me suis ensuite connecté avec le bouddhisme theravada. J’avais vingt-trois ans et j’étudiais la philosophie occidentale que je trouvais décevante. C’est finalement dans la philosophie orientale que j’ai trouvé ce que je cherchais : un système intégré d’éthique, d’esthétique et de métaphysique dans lequel la théorie et la pratique n’étaient pas dissociées. Il n’y a pas de pratique dans la philosophie occidentale, pas d’expérience directe de la réalité ultime, c’est un exercice essentiellement intellectuel.

En 1974, j’ai rencontré mon maître principal, Lama Thubten Yeshe. C’était un être hors du commun : inspirant, débordant d’énergie, spontané, joyeux, confiant et sage ! Je me suis dit que l’éveil, ça devait être cela ! Et comme j’avais besoin d’un guide, je lui ai demandé d’être mon guru, ce qu’il a accepté. Je n’avais aucune idée de la nature de l’engagement que j’avais contracté : implicitement j’avais remis mon existence dans ses mains. En quelques minutes d’entretien, il m’a tracé un programme pour les vingt années suivantes. Je suis sorti de cette rencontre en état de choc ! Il m’a demandé de devenir professeur pour enseigner le dharma bouddhiste à l’université. Et c’est ce que j’ai fait, même si au début je me suis dit que c’était mission impossible. Mais on ne négocie pas les instructions du guru, on les réalise !

Pendant onze ans, je me suis concentré sur une pratique très traditionnelle et je suis devenu moine bien que marié et père de deux enfants. J’enseignais dans des communautés bouddhistes et à l’université. Un grand changement est survenu lorsque mon maître est décédé. C’est lui qui m’avait ordonné moine et m’avait guidé dans ma pratique. J’avais un guide parfait et soudain j’ai tout perdu ! J’étais dévasté, totalement vulnérable et c’est alors que ma vie a pris une autre tournure. J’ai ressenti le besoin d’écouter la sagesse issue de ma profondeur plutôt que de continuer à me référer à ce que d’éminents lamas avaient dit. Par exemple, je ne pouvais plus parler de la vacuité – qui était mon sujet d’expertise – de manière théorique.
Quelque chose se réveillait en moi qui voulait s’exprimer directement, c’était comme si la vacuité voulait parler d’elle-même ! J’ai renoncé à mes vœux de moine environ dix-huit mois après le décès de Lama Yeshe et j’ai quitté le cadre traditionnel.

Du côté de l’université, j’avais passé mon doctorat et j’enseignais la philosophie orientale. C’est ce que j’ai fait pendant trente ans avant de comprendre qu’il est impossible de transmettre le dharma – qui est avant tout une voie de transformation et d’évolution – dans ce type d’institution. Mon mandat n’était pas de transformer les étudiants mais de les instruire ! C’est finalement pour suivre les instructions de mon guru que j’ai développé mon approche hors des milieux académiques. Aujourd’hui, je fais exactement ce que Lama Yeshe m’a demandé : je transmets le dharma bouddhiste à des Occidentaux !


L. de T. : Vous n’avez donc plus d’autorité terrestre à laquelle vous référer ?

Peter : C’est l’un des plus gros défis, de ne plus avoir quelqu’un qui peut me guider et me conseiller. Mon guide maintenant consiste à être tout à fait intègre et sans compromis avec la qualité de ma réalisation. Mes étudiants sont maintenant devenus mon guru parce que, tous ensemble, ils possèdent, au cumul, le même niveau de sagesse que mon défunt maître. J’ai actuellement environ 200 étudiants avec qui j’entretiens des relations régulières ; certains ont beaucoup de maturité et ils m’obligent à être toujours plus cohérent et transparent. Maintenant je continue à progresser à travers ce que je leur enseigne. Nous évoluons ensemble.


L. de T. : Vous êtes un passeur entre l’Orient et l’Occident?

Peter : Quand je regarde en arrière, il me semble que ma vie est tissée de ces réconciliations apparemment impossibles ! Je suis un Occidental, issu d’une famille protestante matérialiste, qui a étudié différentes traditions de sagesse orientale en respectant les formes consacrées par les siècles. J’ai été moine tout en vivant dans un cadre laïque pour assurer mes responsabilités familiales. J’ai enseigné la théorie du bouddhisme dans des environnements académiques et, parallèlement, j’ai développé une pratique directe, non mentale, à laquelle j’invite dans mes séminaires ou dans la formation Radiant Mind. Moi-même, j’ai été profondément impliqué dans une relation guru disciple tout à fait classique et, cependant, avec mes propres étudiants, j’ai un rapport au sein duquel nous sommes davantage des compagnons de route, même si je maîtrise mieux qu’eux l’accès à cet esprit libre de conditionnement. Je crois que c’est mon dharma de créer des passerelles, de relier les opposés et de les faire se rencontrer !

Entretien de Peter Fenner avec Liliane de Toledo, janvier 2007
Site de Peter Fenner

mardi 13 octobre 2009

• Photos reportage - Eckhart-à-l'eau-de-rose & Dalaï-Lama-au-lotus

Vancouver, 30 septembre 2009






• L’Éveil du Rêve de la Séparation - Jeff Foster


Jeff Foster suggère qu’il n’existe que l’apparence de la vie, sans individu en son centre, qui puisse jamais s’échapper même s’il le voulait...

Jeff est diplômé de l’Université de Cambridge en Astrophysique. Peu après la fin de ses études, des événements de la vie l'ont conduit dans une recherche spirituelle intensive, qui s’est achevée par l’évidence qu'il n'y avait, pour commencer, rien à trouver…

Il écrit actuellement et donne des conférences (satsangs) en Angleterre, Europe, Amérique, etc, sur ce qu'on nomme la « non-dualité » (« Advaita »), mais qu'il préfère appeler « l’évidence absolue ».

La « non-dualité » réfère à l'identité ou l'inséparabilité fondamentale de nombreuses distinctions, valides ou utilitaires à un niveau relatif, mais ultimement redéfinies comme n'étant que différents aspects d'une même réalité...

Toute la recherche spirituelle ne serait rien d’autre qu’un jeu que nous jouons avec nous-mêmes, le jeu cosmique. Nos efforts pour trouver l’illumination spirituelle, dans le but d’échapper à la souffrance et de faire que ce monde ait un sens, tournent court le plus souvent. En fait, ces efforts ne font que renforcer le sentiment de séparation et de manque qui nous hante.

Ici, au beau milieu de notre vie, la liberté et l’illumination sont toujours présentes, toujours disponibles. Êtes-vous prêt à recevoir ce message ?

Jeff Foster est l'auteur du livre LA VIE SANS CENTRE,
traduit de l'anglais par notre amie Laya Jakubowicz
et publié aux Éditions Charles Antoni-l'Originel.


Revue de presse :

Revue 3e Millénaire N°86

Quelques temps après être devenu jeune diplômé en astrophysique de l'Université de Cambridge, Jeff Foster s'est tourné vers une recherche spirituelle en dévorant tous les ouvrages qu'il pouvait trouver.

Petit à petit, une révolution s'est opérée en lui quand il pris conscience que, quand on entreprend une démarche spirituelle en quête de l'illumination ou d'une libération, on cherche le plus souvent surtout à échapper à nos soucis, à notre souffrance ou à ce qu'on croit être nous-même, à savoir les manifestations de l'ego.

Il découvrit alors " qu'il n'y a jamais que la présente apparence dans la vie, sans individu en son centre qui puisse jamais s'échapper, quand bien même il le souhaiterait... Rien n'a besoin d'être dénié ou rejeté en vue d'atteindre la libération, parce qu'à ce moment précis de la vie, la libération est déjà totalement présente, et tout ce que nous faisons pour l'atteindre est simplement erroné... "

Cette prise de conscience l'a amené à un plus grand discernement pour mettre en lumière en lui les mécanismes inconscients qui accompagnent toutes les méthodes que l'on veut s'imposer dans une démarche dite spirituelle ou religieuse. Car on peut vite tomber dans un piège : " aussi longtemps que vous voulez vous débarrassez du je, de l'ego, de soi, vous êtes pris dans la recherche. Aussi longtemps que vous essayez d'être plus présent, vous êtes pris dans la recherche. Aussi longtemps que vous essayez de devenir quelque chose d'autre que vous êtes, ou même tenter d'être ce que vous êtes, vous êtes pris dans la recherche. Vous êtes même pris dans la recherche, lorsque vous essayez de mettre fin à celle-ci, ou non. "

Dans cet ouvrage non dénué d'humour, J. Foster délivre toujours le même message, à l'image des enseignants dans la lignée de la non-dualité, que Cela est tout ce qui est ; car la vie quotidienne est libération, " Cela est l'unique miracle, et c'est toujours là devant nous ".

La Lettre du Crocodile Année 2008 - N°1

Ce livre s’inscrit dans la collection Non-Dualité de L’Originel. Nous avons déjà soulevé le paradoxe qu’il y a à parler du non-duel alors que le langage est foncièrement dualiste. C’est toujours pour l’auteur, et ici pour le traducteur, un véritable défi à relever que de faire passer l’intuition de l’Eveil, et non l’Eveil, à travers les mots. Chaque auteur a son propre « style » pour ne pas transformer l’insaisissable en concept. Cela va du langage crépusculaire et poétique à la « violence » du simple.

Jeff Foster a fait le choix du simple, de l’évidence, collant ainsi à son expérience :
« Rien à atteindre ». Oui, j’ai lutté bien longtemps avec ce concept ! Pauvre moi, faisant tant d’efforts pour cette ultime expérience d’éveil, celle qui aurait définitivement clos l’affaire ! Le gâteau n’était pas suffisant, je voulais également la cerise ! Mais un jour, apparemment, le besoin de l’illumination s’est simplement évanoui. Et ce qui reste, je n’ai pas le moyen de savoir. Il n’y a que cela ; et toute idée de « cela » se dissout.

La libération à chaque instant, l’éveil à chaque instant, et personne, ici, pour le connaître. Personne, ici pour l’expérimenter ! Absolument personne ! »
Mais il a fait aussi celui du langage poétique :
« Des mots, des mots et encore des mots…
La réalité est absolument, absolument simple.
Absolument évidente.
Regardez.
Apparemment, il y a des choses.
Une table. Une théière. Un chat. Une chaise. Un « moi ».
Un « moi » qui écrit ces mots, et cherche des réponses.
Ou non.
Oui des choses apparentes. Très nombreuses. Partout.
Et elles arrivent… simplement.
Apparaissent. Se présentent.
Spontanément.
Un jeu spontané du divin.
Sans commencement ni fin.
Et « je » suis tout à la fois en son centre…
… et nulle part.
Complètement présent, complètement absent.
C’est sans importance.
Il n’y a rien que je puisse faire, ou ne pas faire.
Le jeu continue. »

Le passage d’un style à l’autre lui permet de jouer avec les antinomies et de les dissoudre, d’inviter à la présence qui est aussi un autre mot pour l’amour, l’amour sans objet ni sujet.

Site de Jeff Foster

lundi 12 octobre 2009

lundi 5 octobre 2009

• Non-agir, non pratique, non technique - Maître Tsé

Notre ami Frédéric, du blog Lung Ta Zen, vient de publier une BD : "Zem, apprenti maître zen".

Entre Cartoon et BD, des planches d'humour dans l'esprit du Zen, mais qui au-delà, parle d'une manière humoristique de la recherche transcendantale que tout humain est amené à mener un jour.

Zem, un moinillon qui rêve de devenir "Maître Zen". Son propre maître (maître Tsé, la "vie" en tibétain) a fort à faire avec ce petit garnement qui pourtant, parfois, est plus sage que le maître dans sa façon de faire. On ne sait pas qui des deux craquera en premier. Mais finalement, un vrai amour les unit et ils représentent un peu nos deux penchants paradoxaux de la folle sagesse.

Pour toute info concernant cette nouvelle parution, veuillez cliquer ici.

samedi 3 octobre 2009

• Quiétude au quotidien - Eckhart Tolle (Findhorn)


La voix dans la tête qui n'arrête jamais de parler devient une civilisation obsédée par la forme et qui de ce fait ignore tout de la dimension la plus importante de l'existence humaine :
le sacré,
la quiétude,
le sans forme,
le divin.
A quoi bon gagner le monde entier si c'est pour se perdre soi-même ?


vendredi 2 octobre 2009

• Retraite à Findhorn - Eckhart Tolle



Quand vous percevez sans pensées, vous vous ouvrez à ce qui n'a pas de nom, au profond mystère qui imprègne tout ce qui existe, à la Présence du divin. Quand vous sentez cette Présence, vous réalisez qu'elle fait Un avec votre propre Présence - celui que vous êtes au-delà de la forme.


Eckhart Tolle, bien connu pour les vérités simples et puissantes qu'il exprime dans ses livres et ses conférences, a dirigé une extraordinaire retraite de deux jours à Findhorn, la célèbre communauté spirituelle d'Écosse. La fin de semaine avait pour thème la quiétude - l'essence du moment présent (ADA Audio).
Achetez ce double DVD sur Amazon.


Un court extrait :


La retraite en son entier :

Première Partie (2 heures 02)


Seconde Partie (1 heure 59)


Source de la vidéo :

jeudi 1 octobre 2009

• La méditation ne connaît ni choix, ni préférence - Jean-Marc Mantel


Les diverses expériences de la vie peuvent être toutes vues sous la forme d'un lâcher-prise des attachements, et donc d'une dissolution du moi.


Sous ce terme, l'on entend la perte, partielle ou totale, du sens de l'identité séparée, de tout ce qui fait que je m'appelle "moi" et me désigne par mon corps et ma personnalité.


Si cette identité est remise en cause et que cette croyance est ébranlée, ce n'est pas pour laisser place à un vide abscons, mais inviter un éveil à une plénitude de conscience, impersonnelle dans sa nature et omniprésente dans sa permanence.


Toutes les contrariétés sont des opportunités d'abandonner le désir que les choses soient différentes de ce qu'elles sont. Il ne s'agit pas ici d'une résignation, mais d'une intelligence nouvelle, qui n'entre pas en conflit avec la réalité de ce qui est, mais l'épouse et fusionne avec elle. Lorsqu'une situation est pleinement acceptée, le "je-conscience", immuable connaisseur du monde, s'affirme comme détaché de cette situation, qui est contenue en lui, mais n'est pas lui.


Telle la goutte de rosée qui n'affecte pas la feuille qui la supporte, le "je-conscience" est toujours libre des manifestations qui émergent et disparaissent en lui, n'étant rien en soi, mais tout en vérité.


Ce mélange, apparemment incompatible, du rien de l'absence du moi et du tout de la présence du Soi peut être vécu à chaque instant, dès lors que les attentes et projections diverses créées par le mental se résorbent dans la silencieuse attention qui les contient.


Accueillons donc cette possibilité de disparaître dans la transparence de la conscience, et de s'établir dans la joie qui lui est propre ; une joie qui n'est plus soumise aux va-et-vient des circonstances, mais s'enracine dans la plénitude de l'être.


Jean-Marc Mantel




SUR LA NATURE DE LA MEDITATION


Etre la méditation n'est pas faire de la méditation.


Dans le "faire de la méditation", résident une anticipation et une projection d'un moi tendu vers un but.


Le "faire de la méditation" peut cependant avoir un intérêt dans une réduction de l'agitation mentale et corporelle.


Le "faire de la méditation" est assimilé à une assise silencieuse.


Lorsque le corps n'est plus en mouvement, les habitudes d'implication émotionnelle dans l'action sont mises au repos.


Les sensations, émotions et pensées deviennent

les seuls objets d'observation.


De ce fait, les mécanismes cachés par l'agitation deviennent apparents et émergent sous l'oil attentif de la contemplation.


Les objets multiples du désir deviennent objet unique nommé paix ou quiétude.


Ce désir de paix ou de quiétude vient de l'expérience du sommeil profond, qui laisse au réveil des traces dans la mémoire : parfum d'éternité, silence sans fond, liberté d'intention,

tranquillité sans cause.


De cette expérience est issu le désir de méditer.


Le "faire de la méditation" contient encore un but projeté, comme si la tranquillité désirée se situait dans un espace séparé de celui qui la cherche.


Un moi dénommé "méditant" cherche à atteindre un état dénommé "méditation".


Il y a dans cet exercice une tension liée à la projection et à l'investissement émotionnel dans le but projeté.


Lorsque l'écoute et l'observation deviennent plus complètes, tout objet de perception est accueilli tel qu'il est,

sans choix et sans préférence.


Il vient alors se résorber dans un espace conscient et silencieux qui gît en arrière-plan de la perception.


Cet espace ne peut être qualifié de moi, n'ayant ni identité spécifique, ni relation au temps et à l'espace.


Il n'est pas un objet de perception, mais est ce qui perçoit.


Le sujet témoin est également un objet d'observation, apparaissant au cour de la conscience observante.

Lorsqu'il se résorbe en sa source, ne restent qu'écoute et observation, libres de l'objet.


La méditation est ce qu'il reste lorsque ce qu'elle n'est pas n'est plus présent.


La méditation n'est pas une intention.


La méditation n'est pas une anticipation.


La méditation n'a pas de but, ne connaît ni choix, ni préférence.


Etre la méditation signifie être en unité avec

le Je sans qualification.


Dans ce vécu intemporel, chaque objet est à sa place.


Les situations ne sont pas interprétées, mais simplement vues.


De cette vision, l'action juste émerge comme une réponse

à la situation.


(source de ce texte : essence-euro.org)