samedi 31 janvier 2009

• Celui qui pense, n'est plus - Jigmé Lingpa

Jigmé Lingpa

Selon l'enseignement du Mahâ Ati, la méditation consiste à voir tout ce qui survient dans le mental et à demeurer simplement dans un état d'immédiateté.

Mahâ Ati est de la plus grande simplicité. C'est ce qui est. Il ne peut être montré par l'analogie ; rien ne peut l'obstruer. Il est sans limite et transcende tous les extrêmes. C'est l'état « d'instantanéité » à la clarté tranchante, qui jamais ne modifie sa forme ou sa couleur. Quand vous devenez un avec cet état naturel, tout désir de méditer disparaît ; vous êtes libre des liens de la méditation et des spéculations philosophiques, et la conviction naît du plus profond de l'être. Celui qui pense, n'est plus. Il n'y a plus aucun bénéfice à recevoir de « bonnes » pensées, ni de maux qui engendrent la souffrance avec de « mauvaises » pensées. Les pensées neutres ne trompent jamais. Vous devenez un avec cette connaissance transcendante et l'espace infini. Vous n'êtes plus égaré par les multiples confusions et les vues erronées.

Extrait tiré de Mudra, l'esprit primordial, Éditions Accarias L'Originel

jeudi 29 janvier 2009

• Cet amour sans borne - Tony Parsons

Tony Parsons

Le Secret Ouvert ne peut que pointer vers la simple merveille d’être et seulement chercher à mettre en lumière la futilité de déployer tout effort en ce sens. Il n’accepte ni ne rejette les enseignements de voies ou de processus spirituels, mais il dévoilera sans compromission le malentendu singulier et fondamental sur lequel se fonde la croyance qu’il existe quelque chose nommé un chercheur qui a besoin de trouver quelque chose d’autre, appelé illumination.

Le Secret Ouvert ne fait pas de compromis avec les besoins et les attentes du chercheur. Pas plus qu’il ne tente d’attirer ou de séduire avec les promesses d’une expérience de libération facile et agréable. Qui pourrait promettre cela et qui en ferait l’expérience ?

Parce que l’idée d’un libre-arbitre et d’un choix individuels est considérée comme un rêve illusoire, il n’est aucun projet, aucune intention visant à aider ou à changer l’individualité. Pour ce qui concerne l’individu apparent, il n’y a ici rien à vendre.

Le sentiment d’être un individu séparé semble très réel. Il affecte tous les aspects de l’expérience apparente. C’est un état de contraction de l’énergie qui s’incarne et engendre avec lui un sentiment d’insatisfaction et de manque. Il peut s’accompagner d’une impression tenace de se sentir indigne et d’avoir perdu quelque chose d’indescriptible. C’est comme si le « moi » résidait dans les limites du corps et voyait tout ce qui est au-dehors comme quelque chose d’autre avec lequel il faille négocier. À partir de ces expériences, naît une compulsion à rechercher constamment un réconfort ou une libération. C’est le rêve de l’individualité, qui semble réel jusqu’à qu’il en soit autrement.

Le « moi » cherche la paix et la complétude, l’amélioration de soi ou la pureté, la présence ou le détachement. Le « moi » cherche la clarté ou toute formule qui fournira au « moi » ce qu’il pense vouloir ou ce dont il pense avoir besoin. Mais le « moi » obtenant ou n’obtenant pas ce qu’il souhaite n’est pas le dilemme. Le dilemme, c’est l’apparent « moi ».
Nulle quantité d’effort, de processus, de clarté ou de croyance ne peut jamais rien apporter d’autre que plus de « moi » cherchant ce que le « moi » ne peut ni avoir ni connaître.

La suggestion selon laquelle la séparation n’est qu’une pensée ou qu’une façon de voir les choses, surgissant et se dissipant au sein même de la présence, est une idée initialement attrayante pour le chercheur qui rêve d’une solution facile qui ne soit pas menaçante pour la personne et qui apporterait un bonheur permanent. Les pensées de séparation ne sont que des histoires individuelles gravitant autour d’un état initialement installé : celui de se sentir limité et séparé. Si la séparation n’était qu’une pensée ou qu’une croyance, elle pourrait être percée à jour ou changée en son opposée, et alors « BINGO », il y aurait libération… n’est-ce pas ?

De tels messages idéalistes s’accompagnent souvent d’une insistance sur l’idée que la séparation est « sans problème », car il n’y a jamais qu’unicité. C’est comme dire à un aveugle que la cécité est « sans problème » puisque tout ce qu’il y a est vison sans personne pour voir. Bien sûr qu’il n’est qu’unicité. Mais ce qui surgit apparemment au sein de l’unicité est un profond sentiment de séparation qui ne donne pas du tout l’impression d’être « sans problème ».

Ces notions conceptuelles ne parlent que de symptômes sans reconnaître la source du dilemme apparent qui infiltre chaque parcelle du sentiment de séparation.

En essence, ce qui est poursuivi, c’est l’amour. Mais il s’agit de l’amour qui est absolu, embrassant tout et éternel ; cet amour qui submerge tout et dont beaucoup ont eu un aperçu. Je tente de le décrire dans Le Secret Ouvert lorsque, semblant traverser un parc, je ne fus soudainement plus personne. Ce n’était pas une expérience, car soudain il n’y avait plus personne pour la faire. Ce fut un aperçu sans personne pour apercevoir. Je suis ensuite revenu en tant que « quelqu’un » et ai tenté encore et encore de redécouvrir cet amour inconditionnel que je ne pouvais connaître.

C’est cet amour qui est évoqué dans la littérature, la musique et l’art. Les histoires d’amour les plus fascinantes sont celles d’un amour non partagé car elles pointent vers cet amour absolu que l’individu ne peut embrasser. La puissante fascination de tomber amoureux provient du sentiment, remontant du fond des âges, que dans cet amour on pourrait se perdre. C’est cet amour sans borne qui se loge dans toutes nos attentes. Il est la plénitude dans le vide, le tout dans le rien. C’est l’amour inconditionnel qui apparaît aussi comme son opposé. Merveilleusement, c’est aussi cet amour même qui chante en nous à travers nos sens et en chaque parcelle du jaillissement de la vie.

La libération est un mot utilisé pour décrire un apparent affranchissement de l’illusion de se sentir emprisonné et tenu hors de l’amour ou de l’unicité. Ce glissement est essentiellement une libération d’énergie hors de la contraction, conduisant à l’illimité.

Partout et chaque fois qu’il y a partage profond et sans compromission du très réel paradoxe d’être, une résonance tangible peut émerger. Dans cette ouverture, il peut y avoir une libération de la contraction menant au sans limite et ce qui advient est la merveille de simplement être.

Tony Parsons - Novembre 2008

mercredi 28 janvier 2009

• La Reconnaissance - Unmani Liza Hyde

Unmani Liza Hyde

Cela ne peut être compris. Cela ne peut qu'être reconnu. Jusqu'à la reconnaissance, il peut y avoir un effort pour comprendre, pour saisir les mots, qui désignent ce qui est au-delà des mots. La reconnaissance ne peut pas être forcée, et aucune circonstance particulière n'est nécessaire. Mais on peut être fatigué d'essayer de comprendre ce qui ne peut jamais l'être. Épuiser l'effort de comprendre peut prendre des années. Parfois, entendre cela une seule fois suffit, ou parfois il y a une reconnaissance spontanée sans aucune relation apparente avec un événement de l'histoire.

Dans la reconnaissance, il n'y a jamais aucun lien avec quoi que ce soit, qui ait pu se passer auparavant. Dans la reconnaissance, il n'y a ni histoire du passé, ni histoire du futur. Il n'y a pas de temps. Toute histoire apparente est simplement reconnue comme une histoire. Rien ne provoque la reconnaissance. La reconnaissance est la fin de la croyance en l'histoire. La reconnaissance est un saut au-delà des concepts, au-delà des croyances, au-delà de tout ce qui a toujours été supposé. C'est un saut dans l'inconnu. C'est un saut dans ce qui a toujours été connu, mais simplement négligé. Je peux reconnaître ce qui est indiqué par ces mots, parce que je suis cela. C'est ce que je suis, au-delà de toute histoire de «moi». C'est ainsi que je sais, que ce qui est montré, et que ce qui montre, est ce que je suis.

Extraits de Je suis la Vie même - Unmani Liza Hyde
Éditions Charles Antoni l'Originel

jeudi 15 janvier 2009

• La quête de soi cesse - Sébastien Fargue

Sébastien Fargue

La notion de "moi" ayant disparu, l'éveil ne peut en aucun cas être "obtenu" par "quelqu'un". Aussi, en tant que "moi", je ne peux absolument pas atteindre l'éveil
ou être quelqu'un "d'éveillé".


Un jour nous prenons conscience que nous sommes la conscience.
La conscience prend conscience qu'elle est conscience.

Il s'agit alors de notre premier contact avec ce que nous sommes fondamentalement, et qui est le lien entre tout et tous. Nous passons momentanément de la présence inconsciente à la présence consciente.

À cet instant, nous nous retrouvons reliés consciemment et sans aucune volonté personnelle à ce que nous sommes dans l'essence, à notre véritable nature, nous « redevenons» complets.

Ce qui était perdu étant retrouvé, la quête de soi cesse.

Cela étant, l'évolution continue naturellement.

Nous étant retrouvés, notre évolution n'est plus une gêne ou une course. La « qualité » de notre devenir n'est plus le critère de notre valeur en tant qu'être.

La vie est plus légère.

Nous expérimentons la présence lorsque nous nous rencontrons en tant que présence. La présence qui se cherchait se retrouve. Elle voit alors que la recherche est à la fois ce qui lui permet et ce qui l'empêche de se retrouver...

Extraits choisis de La présence intégrale, Sébastien Fargue - Éditions Antoni-l'originel

jeudi 8 janvier 2009

• Souviens-toi !


Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi !

Charles Baudelaire

mardi 6 janvier 2009

• Moments de Silence avec Sri Ramana Maharshi

Moments de Silence avec Sri Ramana Maharshi

Tout à coup, sans que l'on s'y attendît, un groupe de fidèles, assis dans la véranda, devant la grande salle, se mirent à chanter "Arunachala-Siva". En les entendant, Sri Bhagavan ouvrit les yeux, et son regard brilla. Il eut un sourire d'ineffable tendresse. Des larmes de béatitude perlèrent à ses paupières. Il poussa un soupir profond, puis s'arrêta de respirer.
Pas la moindre lutte, pas un spasme ; rien d'autre ne révéla qu'il mourait, mais la respiration ne reprit plus, tout simplement.1

Le Maharshi, Bhagavan Shri Ramana, fut appelé par la colline Arunachala quand il eut 16 ans, après une expérience de mort qui l’amena à l’éveil spirituel.

Le reste de sa vie, jusqu’à ce que son corps fût abandonné 54 ans plus tard, il ne quitta plus jamais sa colline adorée. Des gens de loin et de près vinrent chercher sa présence et furent spirituellement enrichis.
Sa présence divine ne cesse d’être ressentie et sa philosophie universelle attire de plus en plus d’adeptes.
Ce livre est une sélection de ses enseignements, assortis de photos magnifiques, et a pour objectif d’aider l’esprit à se tourner vers l’intérieur et à demeurer dans le profond Silence qui attend chacun de nous.

Un ouvrage magnifique publié chez A.L.T.E.S.S
1 Cette citation ne fait pas partie de l'ouvrage

dimanche 4 janvier 2009

• Il reflète la clarté du créé - Christiane Singer

Chritiane Singer

L'histoire d'Hakuin, moine bouddhiste, peintre et poète du dix-huitième siècle, commence - comme, moi aussi, je la commence - par une lecture : le récit de la vie contemplative de maître Shi Shuan affermit Hakuin alors en pleine crise, dans sa décision de suivre, coûte que coûte, la vie spirituelle.
Hakuin est moine depuis l'âge de quinze ans. Après des années d'interrogations et de souffrances multiples, son errance l'amène au temple de Soinji qui deviendra, par la grâce de sa présence, un des hauts lieux de l'époque Tokugama. Hakuin ne dort ni le jour ni la nuit, oublie de se nourrir et pratique sans relâche la méditation. Il vit là ses premières trouées vers la lumière. De hautes expériences mystiques couronnent sa persévérance. Les gens affluent de tout le japon pour l'approcher. Son orgueil s'exalte : «Depuis deux ou trois siècles, personne n'a vu ce que je vois - personne n'a été soulevé à pareille hauteur. » Le seul maître à pouvoir mesurer l'illumination à laquelle il est parvenu est le célèbre maître zen, du pays de Shinano, Eta. Hakuin entreprend le voyage qui le mène aux pieds du vieil homme. Avec feu, il lui narre ses plus hautes extases, la clarté, la liberté qui les accompagnent. Le maître n'a pour toute réponse qu'un sourire apitoyé.
Une controverse hargneuse s'ensuit. Hakuin refuse d'admettre qu'il n'a pas encore atteint l'illumination suprême. Alors, le vieil homme hausse les épaules et s'écrie :
« Pauvre diablotin dans ton trou noir! »
Le martyre d'Hakuin est commencé. Puisque ce maître insensé l'a attiré ici, il tiendra bon quoi qu'il advienne. Le cour lacéré, il poursuit sans relâche ses pratiques et sa méditation du koan. Mais la pire des épreuves l'attend encore. Un soir, le maître prend le frais sur la véranda. Hakuin s'approche, harcelé par sa détresse, pour essayer une fois de plus de le convaincre.
« Cerveau trouble et stupide! » crie le maître.
Et, se jetant sur Hakuin, il le martèle de ses poings, l'envoie rouler du haut de la véranda. C'est le 4 mai, juste après la période des pluies. Le malheureux tombe dans la boue épaisse, reste là, assommé par les coups, presque sans connaissance. Et, au-dessus de lui, le maître qui rit à gorge déployée! Après un long moment, il finit par se redresser ; la fièvre cogne à ses tempes. Dégoulinant de boue et de sueur, il gravit les marches de la véranda et s'incline jusqu'au sol devant le vieil homme qui, une fois de plus, soupire :
« Pauvre diablotin dans ton trou noir! »
Le désespoir le plus total a pris en lui ses quartiers et le harcèle sans répit. Il poursuit néanmoins ses méditations, oublie le plus souvent - tout à sa quête forcenée - de se nourrir et de dormir.
Un matin, il descend au village mendier sa pitance. L'esprit occupé de son koan, il s'adosse à la grille d'un jardin. Il n'entend pas l'injonction menaçante du propriétaire: « Va-t'en!» Ce dernier, outré, s'empare d'un balai et le frappe violemment sur la tête. Hakuin tombe au sol, sans connaissance. A l'instant où il rouvre les yeux, il entre en lumière. Jusqu'aux racines les plus secrètes des vies, des choses et des actes - il voit! Devenu miroir, il reflète la clarté du créé.
Il se lève d'un bond, frappe dans ses mains et, riant de tout son cour, il reprend en dansant le chemin du monastère.
Le maître l'a vu venir.
«Raconte, dit-il en souriant, ce qui s'est passé. »
Alors Hakuin raconte.
Et pendant qu'il parle, le maître, penché sur lui, lui caresse le dos de son éventail ouvert.

Elle m'a atteinte, l'histoire d'Hakuin. Du fond des siècles et du bout de l'espace terrestre, elle a mis dans le mille.
Je ne saurais dire quels secrets mécanismes elle a soudain activés en moi. Cette vie qui, en apparence, n'a strictement rien à voir avec ma vie m'est aussitôt devenue familière. Tout m'y apparaît si clair et si connu. Mon émotion a été telle que j'ai longuement pleuré des larmes chaudes et bienfaisantes qui ne m'ont laissé aucune brûlure.
Je parcours des yeux le tracé de l'itinéraire d'Hakuin, à la recherche de ce mystérieux point d'ancrage de son destin en moi.
Premier paysage qui m'arrête :
sa tranquille assurance au temple de Soinji : il a atteint à la plus haute connaissance. Tout son être rayonne. Et quiconque l'approche éprouve une reconnaissance profonde d'avoir été guidé jusqu'à lui. Précieuse accalmie dans une odyssée tumultueuse. Mais voilà qu'une exigence le taraude : voir au miroir haut d'une âme haute où il est parvenu.
Deuxième paysage :
un lac de montagne au cristal si pur que l'oeil, incapable d'en déceler la surface, ne peut que la soupçonner là où le paysage inversé recommence. Ainsi du vieux maître : il ne reflète que ce qui est. D'où la sensation de cruauté que nous éprouvons irrémédiablement en sa présence. Dans notre réalité où la cruauté avance, toujours grimée ou masquée, la lucidité ne peut d'abord nous apparaître que cruelle.
Quand Hakuin, après son récit, lève les yeux vers le maître, ce qu'il voit, dans ce sourire ironique, ce sont les scories de prétention qui sont encore en lui. Certes, il a pu atteindre à des révélations ultimes. Mais quelque chose en lui en est fier comme d'un mérite propre, comme d'une victoire personnelle. L'absolue transparence : voilà à quoi il n'est pas parvenu. Celle qui fait dire au poète : « Ce n'est pas moi, pas moi. C'est le souffle du vent à travers moi. »
Désormais son calvaire est commencé.
Troisième paysage :
la détresse.
Ses vieux mécanismes.
Hakuin est méconnu. On lui fait injure. N'est-il pas victime de l'aveuglement du vieux? La mâchoire de fer d'un verdict injuste s'est refermée sur lui. Il rôde autour de son bourreau, l'implorant de réviser son procès. Il rue, s'étrangle, se blesse jusqu'au sang. C'est l'enfer de l'aveuglement - le pire des enfers : celui que nous nous donnons à nous-mêmes.
Et, malade d'humiliation, Hakuin se traîne encore vers le vieux maître et s'incline devant lui, devant cet impitoyable mystère qui lui barre le passage.
Dernier paysage :
qui connaît l'heure où les premiers coups de bec retentissent dans la coquille? Et celle où, tout au long d'une invisible couture, la chrysalide commence de se fendre?
Hakuin erre au village. Rien ne distingue ce jour des autres jours où, buté, il cogne et cogne comme phalène aux vitres de l'énigme.
Et, soudain, voilà venu l'instant de l'explosion silencieuse. Instant incongru - un coup de balai sur la tête. Une vie entière tendue vers l'exploration du vide, la méditation acharnée, la quête de l'énigme, pivote doucement autour d'une charnière mystérieuse. Et c'est la lumière.
Il a lâché prise, Hakuin. Il a - malgré lui - risqué le saut.
Et le miracle a lieu qui infirme la grande épouvante de tout ego : il n'a pas été dissous dans l'immensité - Hakuin n'a pas disparu - rien ne lui a été enlevé - toute la création s'est encore ajoutée à lui, c'est la différence. Il est Hakuin, plus l'entière création.

Raconté par Chritiane Singer dans : Histoire d'âme - Éditions Albin Michel


jeudi 1 janvier 2009

• Le « un » s'est multiplié tout en restant « un » - Maria Saboya

Maria Saboya

La Vérité n'a pas d'histoire puisqu'elle n'est pas limitée au temps.
Elle n'est pas le produit de l'évolution et n'a pas d'identité. La Vérité « est » toujours, et en toute liberté.

Il n'y a pas de chemin particulier pour trouver la Vérité, c'est à dire, « une voie ». Toute investigation sincère, passionnée et intense, provenant du plus profond de l'être, peut ouvrir une fenêtre permettant à l'esprit de contempler ce qui se situe en dehors des limites du temps.

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S'identifier à quelque chose c'est se tromper au sujet de soi-même. Celui qui se connaît ne s'identifie à rien. Il voit ce qui est réel, sa propre identité qui est indéchirable.
Savoir ce qu'il est, se voir soi-même, n'est pas une forme d'identification. Dans cette vision de soi, on trouve la réalité de l'être. On est, tout simplement. Quelle identité peut-on avoir dans le cas présent, sinon la vraie, notre propre identité ?
Mais celle-ci n'est pas limitée au Temps.

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La conscience est comme un oeil qui regarde les choses profondément, longuement, sans bouger, sans réagir, sans parler, sans juger.

C'est ce regard profond qui voit les choses telles qu'elles sont et n'essaye pas de refouler, de fuir ou de nier la réalité des faits. Il ne déforme jamais la vérité.
Ce regard « conscient » qui met à nu tout ce qui est obscur et méconnu dans notre mentalité, est l'élément guérisseur capable d'éliminer l'absurdité et la confusion. C'est ce regard qui libère.
Le centre de la conscience est toujours immobile ; il ne s'identifie à rien et ne se laisse jamais perturber. Mais il est rempli d'un amour profond et intense qui s'étale à perte de vue, sans jamais s'épuiser. Là où son regard se projette, elle répand cet amour en abondance. C'est une source inépuisable de bonté, de compassion et de paix.

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La différentiation crée l'illusion du moi séparé qui se croit unique, le fruit exclusif de son histoire. Cette illusion conditionne la conscience donnant naissance à la pluralité et au conflit.
La conscience unifiée, c'est-à-dire la conscience de l'« un » non différencié, ne se laisse pas attraper dans les limites du moi séparé et des illusions d'un temps présent unique. C'est la conscience conditionnée du moi séparé qui croit à souveraineté du temps présent unique : c'est elle qui crée l'avenir et se laisse cloisonner derrière les murs de sa propre limitation. Cette conscience crée la confusion tout en croyant qu'elle possède la Vérité.
La conscience unifiée est la seule qui peut comprendre absolument la réalité. La conscience qui s'est unifiée intérieurement est aussi unifiée extérieurement. Elle n'est plus, donc, dans un état de conflit. D'autre part, l'unification intérieure donne naissance à une réelle indépendance ; elle représente le début de l'existence individuelle authentique, puisque libérée de toute influence.

Cette unification se fait de soi, sans l'intervention de la volonté consciente. Son arrivée à l'existence est la conséquence directe de la compréhension claire et nette de l'unité de la vie. La conscience de « l'un » c'est l'union parfaite dans la séparation, c'est l'union parfaite dans la différenciation, c'est la vraie entente. On peut l'appeler « amour » si on veut, puisque c'est le partage intérieur de la vision de la réalité au même niveau et avec la même intensité.
On peut l'exprimer de cette manière : « Je suis toi et tu es moi, et pourtant, j'ai ma propre conscience et toi la tienne ». Le « un » s'est multiplié tout en restant « un », soi-même, toujours.

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Le moi est une particule de la vie, un fragment de la totalité qui se considère comme le centre de l'existence. Il est fragment de temps qui se confond avec la totalité de l'existence. Cette question est de la plus grande importance, car sa réponse peut nous conduire vers la libération. Elle peut promouvoir l'éclosion de l'ouverture par laquelle on peut, enfin, entrer en contact avec une réalité non temporelle.
Continuons donc cet examen. L'esprit du fragment X (le « moi » si l'on veut), qui s'est constitué comme centre de l'existence et qui s'est identifié à ce fragment dans le temps et dans l'espace, a peur de disparaître. Il croit que la fin du fragment correspond à la fin de la vie, à sa propre mort. Comme personne ne veut mourir, son investigation est bloquée et se termine là. Il choisit de s'attacher à une croyance extérieure à lui et sa recherche est archivée. Il s'arrête avant d'arriver au but.
Cependant, la fin du fragment n'est que la fin d'une image. L'esprit voit l'image du corps, s'identifie avec cette image unique, avec l'histoire particulière de cette image dans le temps et dans l'espace et croit vraiment qu'il est l'image qu'il s'est fait de lui-même.
Dominé par cette croyance, le seul moyen pour lui de se libérer de la prison dans laquelle il s'est enfermé, sera par le démantèlement des murs de sa cellule. Le fragment de vie centralisé autour de lui-même s'est constitué prisonnier. Il lui reste, donc, à sortir de cette enclave. Mais cette oeuvre monumentale n'est pas facile puisqu'elle demande énormément de courage et l'application totale de l'être jour après jour.

Extraits de L'Art de vivre en entier - Maria Saboya - Éditions Les Deux Océans